mercredi 22 mars 2017

Mémoires de José Bartel (Partie 5)

Musicien, chef d'orchestre, directeur artistique, comédien, chanteur, etc. José Bartel (voix de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle) était un artiste à multiples facettes. 
Quelques mois avant sa disparition en 2010, il avait fini d'écrire ses souvenirs (intitulés: Faire comme si... Ou l'enrichissante mais peu lucrative balade d'un mec qui avait les dents trop courtes), que je vous propose de découvrir ici en exclusivité sous la forme d'un "feuilleton", publié avec l'aimable autorisation de sa veuve, Norma, et de son fils, David.

Dans le précédent épisode (Partie 4), José raconte la guerre d'Algérie et son retour à Paris où le métier est en plein bouleversement...


PAPY S’EN VA … 

Au placard le saxophone alto, la clarinette, la flûte et le bandonéon. Après avoir longtemps dirigé l’orchestre de la « Cabane Cubaine » rue Fontaine, mon père a quitté le métier, si mes souvenirs sont bons, en 1947. Tant de nouvelles modes musicales s’étant succédé depuis la Libération, il y avait de moins en moins de place dans le métier de la danse pour un musicien de sa génération. De toute évidence, le temps était venu de se recycler s’il ne voulait pas terminer sa carrière à Pigalle comme hélas beaucoup de ses copains, à la pêche à l’hypothétique « cacheton ». La place Pigalle de l’époque, était alors le rendez-vous traditionnel et quotidien des employeurs occasionnels, des chefs d’orchestres ou d’organisateurs de spectacles. Ceux-ci, dans le but de choisir des éléments susceptibles d’animer pour un soir une salle de spectacles ou une réception privée, déambulaient parmi les musiciens ou les artistes de variété au chômage, un peu comme un marché aux « musicos » avec comme étals, les bistrots et terrasses entourant la fontaine. Des stands où aucun marchandage n’était admis. Quant aux salaires : à prendre ou à laisser. Les charges sociales ?  Non mais tu rigoles ! 
Bien que le cliché « artiste ou musicien, c’est pas un vrai métier ça ! » ait la vie dure, cette humiliante Bourse trottoir du travail pour artistes sans emploi n’existe plus de nos jours mais avec le recul, du respect et un petit coup de chapeau semblent de mise pour ces authentiques intermittents du spectacle avant la lettre. 

Par chance, la reconversion de Papy s’est heureusement effectuée dans les meilleures conditions possibles.  En grande partie je pense,  grâce à  Coco sa compagne, qui en authentique « parigote » pleine d’idées et de ressources, se souvient de son ancien métier de « petite main » dans la haute couture. Elle se met donc au travail sur le champ et dans le feu de l’action, initie papa à la confection de tabliers et linge de table !  
D’après Coco il y a beaucoup de demande pour ces articles sur les marchés et à sa grande surprise, le projet se développe encore mieux qu’espéré. C’est ainsi que fort bien  acceptés par leur nouveaux amis forains, Papy et Coco se retrouveront  « sur la route » malgré leur manque d’expérience. Ecumant tous les marchés d’Ile de France !  En fait, et toutes proportions gardées, ce fut une réussite indiscutable. Du moins jusqu’à ce que cette vilaine grosseur à la base du cou de papa ne vienne tout foutre en l’air. 
Ce qui n’était au départ qu’une petite boule, une légère gêne, se développera au point de nécessiter un examen clinique plus approfondi qui confirmera ce dont Papy se doutait depuis le début : une tumeur. Le diagnostic des médecins ayant démontré  la nécessité  d’une urgente et vitale intervention chirurgicale, l’hospitalisation fut immédiate mais hélas, il était déjà trop tard. Malgré le succès de l’opération, papa ne survécut pas à l’épreuve.  
Voilà, c’est ainsi que par une triste journée,  je viens de perdre Papy. Un père que même de loin,  j’ai toujours admiré et pour qui je ressentais une immense tendresse. 
J’aurais tant aimé qu’on se voie plus souvent lorsque j’étais enfant, « ado » et maintenant, presque adulte… 

1963 déjà… Bien que nos séjours à Paris soient à présent de plus en plus prolongés, nos balades en Europe avec l’orchestre occasionnel se poursuivent. Avec dans certains cas, des rencontres imprévisibles qui se sont finalement transformées en véritables amitiés. Ainsi, c’est durant une saison d’été à Monte Carlo que grâce à Marcel et Liliane – un couple de copains propriétaires d’un restaurant à Nice - l’opportunité me fut donnée de faire la connaissance de ceux qu’on appelait alors : le « Gang des Niçois » ! A savoir : Raymond Moretti, Louis Nucéra, André Asséo, Ralf Gatti .. sans oublier bien sûr leur « Gourou »,  patriarche et ami  Jeff Kessel…  Est-il besoin de préciser que chacun de ces déjeuners était loin d’être triste ? 
Moins rigolo par contre ce qui devait nous arriver à Lola et moi par un bel un après-midi de février 63 . 
Alors que nous roulions tranquillement sur la Croisette, à Cannes, une lourde voiture anglaise (allant de toute évidence beaucoup trop vite pour s’arrêter au feu rouge) vint s’emplâtrer   dans l’arrière de notre petite Dauphine et nous expédier après un vol plané spectaculaire, contre le tronc d’un des palmiers placés sur l’allée centrale. 
Or, comme chacun sait, le palmier ayant une consistance plus proche du granit que de celle du flexible bambou, la barre de direction choisit de se planter dans le plafond de la voiture, à quelques centimètres à peine de la tête de Lola. Fort heureusement pour moi - les Dauphines ayant le moteur placé à l’arrière - le coffre avant et la roue de secours se contentèrent plutôt de se plier sur ma jambe gauche histoire de m’expédier à l’Hôpital. Alors qu’avec l’orchestre, nous devions le soir même jouer au Cabaret du Casino de Cannes,  me voilà fraîchement opéré et maintenu aux urgences ! 
Contrat ou pas, il sera donc hors de question pour moi de chanter ou animer quoique ce soit pendant un certain temps. Du moins jusqu’ après le plâtrage, l’accoutumance aux béquilles, et  une récupération que j’espère rapide !
En la conséquence, les copains musiciens ont été formidables et très efficacement  pris la situation en main. C’est-à-dire qu’après avoir ré-adapté le répertoire, ils ont - sans chanteur soliste - brillamment assuré les soirées du « Brummel » jusqu’à mon retour. Confirmant ainsi la sagesse de ce (stupide) dicton : « Personne n'est indispensable ». Bravo et merci les mecs ! N’empêche que pour mon ego, ça reste quand même foutrement vexant…    

      
LES PARAPLUIES DE CHERBOURG 

« Mon amour je t’aimerai toute ma vie... Ne me quitte pas, ne pars pas j’en mourrais… Guy je t’aime... Ne me quitte pas... ».  Sur le quai de la gare de Cherbourg , Geneviève chante un adieu désespéré à son grand amour sur le point de partir pour la guerre d’Algérie. A son tour, celui-ci, s’apprête à répondre lui aussi en musique, quand sur un signe de Michel Legrand, la bande magnétique d’accompagnement orchestral s’arrête dans nos casques.  Jacques Demy le créateur et réalisateur du film « Les Parapluies de Cherbourg » et Michel - qui en a écrit la musique - souhaiteraient apporter quelques modifications à la scène. 
Il faut vous dire que nous sommes toujours en 1963 et que cet après-midi de printemps,  je suis de nouveau à Paris en train d’enregistrer en studio, le rôle chanté de Guy (Nino Castelnuovo) le jeune premier. Le personnage de Geneviève (Catherine Deneuve) étant vocalement interprété par l’excellente Danielle Licari.  
Concernant les conditions d’enregistrement du rôle de Guy, joué à l’écran par le partenaire de Catherine dans cette belle histoire, je souhaiterais au passage, rapidement  évoquer un détail qui je trouve assez cocasse ! 
C’est tout simple : suite à mon récent accident de voiture sur la Croisette, il s’est avéré inconfortable et relativement embarrassant d’avoir à clamer mon amour à celle que j’aime passionnément.  Alors que je suis installé devant le micro dans en fauteuil, avec une jambe dans le plâtre ! Mais passons. Cette épreuve ayant malgré tout été surmontée avec succès, je ne puis qu’être fier d’avoir participé à l’aventure !
D’autant plus qu’il semble que c’était la toute première fois qu’un metteur en scène dirigeait l’interprétation de chanteurs comme s’il s’agissait de véritables acteurs et non comme je le pensais, seulement compléter et guider vocalement le travail d’interprétation effectué à l’image par les comédiens pendant le tournage.

Qu'importe, pour nous tous, chanteurs et musiciens,  je crois pouvoir dire que l’enregistrement  des « Parapluies » s’est révélé comme un challenge  très excitant, original, et particulièrement  magique. Une aventure qui dans la vraie vie, sera couronnée  à juste titre de la Palme d’Or du Festival de Cannes  ainsi que du Prix Louis Delluc !  
Un léger bémol toutefois, dû à l’attitude des Officiels lors de la remise de la Palme d’Or sur la scène du Palais des Festivals. En effet, (et c'est tout à l’honneur de Jacques Demy l’auteur et réalisateur du film) ce n’est qu’en raison des véhémentes protestations de Jacques que le Jury acceptera la venue sur scène de Michel Legrand, compositeur de la musique de cette comédie (tout de même) musicale. Afin que celui-ci puisse recevoir, conjointement avec l’auteur réalisateur,  la Palme D’or consacrant la haute qualité de leur création.  
Je présume que pour ces professionnels du cinéma, Michel n’était après tout, « que » l’auteur de la partition... 

Extrait des Parapluies de Cherbourg 
avec les voix de Danielle Licari (Geneviève) et José Bartel (Guy)


ADIEU MAMELE…

"- Mr Bartel ? 
- Yes, speaking .
- A call for you from Paris   
- Allo, c’est José ? 
- Oui
- Ici c’est Madame Mauzeret. Votre maman est à l’hôpital. Elle est très mal… elle vous réclame.  Pourriez-vous venir au plus vite ?"
Ce mois de novembre 63, avec l’orchestre,  nous sommes à Malmö (Suède). Le standard de l’hôtel Arkaden où nous jouons, vient de me passer l’appel et je réalise tout-à- coup que peut être, il va me falloir faire face à l’épreuve que chacun de nous voudrait ne jamais avoir à subir: la terreur de devoir dire Adieu. Je suis littéralement pétrifié. A deux pas d’une porte d’où s’échappent des rires, des conversations et de la musique. J’ai peur et j’ai froid... J’ai aussi l’impression qu’une tenaille géante me compresse au point d’être redevenu un tout petit « Josele » (Terme affectueux alsacien pour « petit José ») haut comme trois pommes, sur le point d’éclater en larmes. Je pense à toi Mamele … très fort. 
Avec l’accord de la Direction de l’Hôtel Arkaden où nous jouons à Malmö,  je prends le lendemain matin le premier avion pour Paris. Les formalités de Douane passées, je me rue vers un taxi qui à toute vitesse, me conduit à l’Hôpital Bichat. Il était temps.  
Dans cette grande salle, Mamele est là. Pâle, trop pâle… Elle ne me voit pas arriver. Ce qui me permet de l’observer pendant les quelques secondes qui nous séparent encore,  sans risquer de l’embarrasser par mon regard. Son calme, son courage, une sorte de dignité dans  la souffrance m’impressionnent.  Puis elle m’aperçoit. Son sourire de petite fille réapparaît et on s’embrasse, à s’étouffer. Rendez vous compte, tout redevient comme avant ! Comme quand on rigolait d’une blague idiote, comme quand Mamele me consolait lorsque j’avais du chagrin, comme quand il n’y avait pas d’hépatite, comme quand sa vie n’était pas en danger. Deux jours plus tard, alors qu’hébété de chagrin et d’inquiétude,  j’empruntais le couloir menant à la sortie de l’hôpital et au taxi qui devait me ramener à l’aéroport,  une laide et sournoise certitude s’incrustait déjà dans mon esprit au point de m’en donner la nausée. Je savais que Mamele et moi, on ne se verrai jamais plus.
Je le savais. En dépit du réconfort apporté par une de ses « copines infirmières » tentant de m’expliquer le pronostic plutôt réservé des médecins : « Rendez vous compte, c’est presque un miracle monsieur, on a jamais vu ça. Elle vous attendait. Pour preuve, depuis votre arrivée son état s’est amélioré au point qu’il nous est permis d’espérer un fragile mais possible rétablissement ».. Je ne saurai probablement jamais si ma venue a réellement  contribué pour quoi que ce soit au retour à la vie de ma maman mais pour ce si charitable mensonge, merci de tout coeur, Madame. Ce dont je suis persuadé par contre, c’est que sans la compétence et le soutien affectueux du personnel soignant de Bichat, Mamele n’aurait jamais gardé le moral et continué de se battre jusqu’à ce 21 décembre 1963 ou fatiguée et lasse d’être seule, elle s’est laissée partir.  
Adieu, Mamele ….

***

Les douze coups de minuit, Bonne Année,  Happy New Year,  cotillons, farandole et l’inévitable « Ce n’est qu’un au-revoir » étaient bien sûr de rigueur quant au milieu de la nuit, nous sommes passé en fanfare de 63 à l’année 1964.  C’était au « Brummel », le night club discothèque du Casino municipal de Cannes où avec l’orchestre, nous devions jouer jusqu’au début Mai. 
Tout au long de cette interminable nuit de Réveillon, mes pensées allaient toutes vers Mamele. Et pourtant, même si mon état d’esprit ne m’inclinait certainement pas à la fête, il a bien fallu « faire comme si ». 
Loin de moi l’intention d’émouvoir afin d’ajouter une touche « bouleversante » à ma petite histoire ou de provoquer une sortie de mouchoirs en mentionnant des détails qui au fond, sont ou peuvent paraître un peu gnan-gnan.  Non, c’est plutôt ma façon (qui en vaut une autre) de  rappeler que le métier d’artiste ou de musicien n’est pas, conformément aux clichés habituels, synonymes de strass et de paillettes.  Ce métier demande également après un long et ingrat travail de formation, non seulement un indéniable besoin de partager son plaisir professionnel mais aussi,  une certaine conscience de ses responsabilités vis à vis du public et de ceux qui nous emploient  
C’est ainsi qu’à mon sens, il est peut être bon de rappeler que pour les artistes comme pour toute autre profession, cœur gros ou pas, un contrat est toujours  resté un contrat .


PLANETE SHOW BIZZ …

1964 - Je viens de signer mon premier contrat d’enregistrement chez « Bel Air » (Label distribué par Barclay) et aussitôt, commence la recherche du matériel approprié. Ce single m’aidera-t-il  à trouver une nouvelle voie « en solo »  et me positionner dans une profession évoluant de plus en plus vers la variété, le disque et la télévision ?  Pas tout à fait. Et cela en raison d’une « légère » mais fatale erreur d’appréciation de ma part. 
Mon problème en l’occurrence, ayant été d’avoir voulu dans un premier temps, « pondre » une chanson réunissant tous les critères de « fabrication » du tube de l’été et d’avoir intitulé cette petite merveille : « Il y a toi et le reste du Monde » ! Ensuite, pour couronner le tout, il ne me restait plus qu’à aggraver mon cas en osant enregistrer cette platitude pour en faire le titre « A » du 45 tours !!  Résultat ?  Le disque est sorti mais pour « moi et le reste du monde »,  s’est royalement cassé la gueule.  Eh oui ! 
Leçon numéro un :  N’écrit pas un tube de l’été qui veut. Surtout si Hervé Vilard  (distribué par la même compagnie) ,  vous  sort simultanément un « Capri, c’est fini » dévastateur ! 
Leçon numéro deux : Ne jamais avoir la naïveté d’imaginer faire du commercial pour gagner beaucoup d’argent, d’abord afin d’être par la suite, en mesure d’imposer ce qu’on aime vraiment !

Heureusement, le choix de mon répertoire ayant sensiblement évolué au fil du temps, d’autres disques ont suivi . Des compositions sincères, authentiques et dénuées de calculs mais peut-être aussi, artistiquement inefficaces. Bien que s’agissant pour ainsi dire, de leur impact commercial , je suis certain que tenant compte de mon extrême pudeur et mon embarrassante modestie (?), vous comprendrez  ma discrétion pour tout ce qui touche à l’aspect « Ventes » de ma  carrière discographique Il m’est pourtant arrivé de m’entendre à la radio. Probablement des passages à l’antenne dus à l’amitié ou l’égarement suicidaire de certains programmateurs. Qui sait...
                                                                 
Grâce à une chanson,  j’eus tout de même la bonne fortune de faire une notable mais anonyme incursion dans les Hits Parades ! Cette apparition miracle dans le peloton de tête de la liste des succès étant due principalement à  «Back in the Sun » le titre phare du single d’un groupe anglais « bidon » : JUPITER SUNSET !  Le seul élément contrariant relatif à l’arrivée de « Back in the Sun »  sur le marché fut que bien qu’ayant effectivement chanté et participé (sous un nom d’emprunt) à l’enregistrement en anglais de ce tube, je n’en avais pas écrit une note !  Mais c’est promis, je me rattraperai sur les disques suivants. D’autant plus que très vite, vinrent l’étonnement et la curiosité provoqués par la découverte de JUPITER SUNSET. Cette toute nouvelle et mystérieuse formation anglaise. Quels étaient les musiciens membres du groupe ? Le producteur à l’origine de cette réussite ? …  Disons qu’à cette occasion, les circonstances ont voulu que ce qui au départ, n’était qu’un canular, finisse par échapper à tout contrôle et se transforme en pari réussi !

Il faut dire aussi qu’à l’origine, un chiffon rouge nous était constamment agité devant le nez par les faiseurs de modes du moment.  Et qu’en effet, pour bien des média, tout ce qui valait le coup de cidre dans la pop ou le rock « gentil » ne pouvait être qu’américain, anglais, ou à la rigueur, suédois, grec ou italien. La règle commune étant que pour ajouter le côté « international » à une production,  il était plutôt avisé de chanter  en anglais. Même s’il s’agissait de compositions originales comme celles de Demis Roussos et Aphrodite Child. Quant à  ceux qui,  passé leur  période dite « Yéyé » étaient devenus des vedettes confirmées suivies par un  nombre prévisible d’acheteurs inconditionnels,  la démarche était différente et  commercialement plus astucieuse. Jugez plutôt :  En fonction de l’image de l’artiste auprès de ses « fans » , les producteurs s’assuraient l’exclusivité d’un « cover » pour la France. C’est à dire qu’il faisaient enregistrer à leur chanteur ou chanteuse, la version française d’un tube international déjà confirmé, dont le style correspondait parfaitement à un public potentiel déjà disponible en France. Et là, pratiquement à chaque fois c’était le « tube » assuré, le Jackpot sans risques inutiles. Il n’y avait plus qu’à passer à la caisse ! 
C’est pourquoi, finalement plus qu’agacés par le chiffon rouge mentionné plus haut, nous avons finalement décidé avec quelques copains, d’égratigner à notre façon - et si possible avec humour- ce qu’il est convenu d’appeler le  « Show Biz system » !  

Tout d’abord, après nous être assurés du précieux concours d’un compositeur on ne peut plus français et d’un auteur capable d’écrire avec talent aussi bien en français qu’en anglais, nous nous sommes attelés au travail de préparation. Ensuite, tout en tenant compte bien sûr, de la nécessaire cohérence de style des chansons à enregistrer, nous avons (en anglais naturellement et sous des pseudonymes anglo- saxons ) enregistré et sorti le produit de nos sournoises cogitations sur label E.M.I. ! Détail important : Cette production étant censée représenter le single d’un tout nouveau groupe londonien (JUPITER SUNSET )  nous avons particulièrement veillé – pour les besoins de la cause bien entendu - à ce qu’aucune des informations d’usage nécessaires à la promotion du disque, ne soient fournies aux média. 

Et voilà qu’a notre grande stupéfaction, peu après sa sortie, «Back in the Sun», le titre « A » du single de Jupiter Sunset se trouve littéralement catapulté dans les Hit Parades !  Et ce, pour un temps suffisamment long pour qu’il nous soit demandé de produire d’urgence l’album 33 tours complémentaire. Mais il y a mieux !

Nous sommes en studio en  train de mettre en boîte les nouvelles compositions devant figurer dans l’album en question, lorsque de la cabine d’enregistrement, l’attachée de presse de la maison de disques nous communique d’étonnantes révélations : d’après « certains médias spécialisés » bien informés, « Jupiter Sunset »  serait composé de musiciens de studio anglais et le chanteur soliste mystère (votre serviteur) ne serait quant à lui, qu’un des nombreux musiciens américains vivant à Londres ( ?) .  
Le moment  serait-il venu de dévoiler le canular et rire de ces rumeurs ultra-confidentielles dont tout le métier ( nous en étions sûrs) apprécierait avec humour la volontaire flexibilité ? Le premier 33 T. de Jupiter étant finalement mis dans les bacs comme prévu, nous  eûmes la faiblesse de croire amusant de maintenant révéler le pot aux roses. Quelle erreur ! 

D’un seul coup d’un seul, les passages à l’antenne se raréfient et l’on n’écrit plus une ligne sur nous. Assez curieusement, il n’aura suffi que d’un passage à la Télévision et d’une ou deux « confidences clin d’œil » lâchées par le service promotion  pour que curieusement, « une certaine presse », « certaines radios » et une bonne partie du  « métier », cessent pratiquement du jour au lendemain, d’accorder le moindre intérêt aux prestations de Jupiter Sunset.  Comme pour s’assurer qu’après avoir pris un coup de pied au fesses pour mauvais esprit, nous n’ayons plus qu’à retourner dans un anonymat que de toute façon , nous n’aurions jamais dû quitter !

Ce lâchage traduit-il la frustration ressentie par les «Je sais tout » d’une partie de la critique réalisant qu’à maintes occasions,  pour palier au manque d’informations, il leur est arrivé de raconter n’importe quoi ? Ou peut-être, le manque d’humour était-il devenu une affliction indispensable pour paraître sérieux, important et surtout : « dans le vent »,  pour reprendre l’expression de l’époque. Enfin, il n’y a pas lieu d’être aigris car nous, on s’est quand même bien marrés...

Jupiter Sunset


Partie 1 (enfance, Marseille), Partie 2 (débuts avec Aimé Barelli, caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés), Partie 3 (Monte-Carlo), Partie 4 (Algérie, retour à Paris, Istamboul), Partie 5 (Parapluies de Cherbourg, Jupiter Sunset)... (A suivre)

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